Détail des nuisances sonores

Pierre BONN vice président de l’ADENL janvier 2007

L’existence de nuisances sonores importantes jusqu’à une distance considérable des centrales éoliennes n’est plus à prouver. Citons pour exemple, Saint Crépin (1000m) (seul site où la DDASS a fait des mesures), Plougras (700m), Avignonet (500m), Sallèle-Limousis (1000m), le Mont Tauch, le Pic du Merdelou (1300m), Fitou, Ally, Coren, etc… On a de plus de nombreux témoignages où de façon sporadique, les machines s’entendent distinctement mais plus faiblement à 3 et même 5 km (lettre du maire d’Ersa, Hte Corse).

Déjà en septembre 1998, le manifeste de Darmstadt dénonçait les nuisances sonores et infra sonores de l’éolien industriel en Allemagne.

Le 25 janvier 2004, C.Milner a publié un article dans le Daily Telegraph intitulé « Les centrales éoliennes rendent les riverains malades jusqu’à 1610 mètres de distance ».

En mai 2004 un rapport canadien sur les conséquences sur la santé de l’éolien industriel (« Archives and Collections Society » PO Box 125, Picton, Ontario, K0K2T0, Canada) indique
- que le Comté de Riverside (USA) exige 2 miles (3218 mètres) entre les éoliennes et les habitations,
- que l’entreprise allemande Retexo-RISP Gmbh spécialisée dans l’industrie de l’environnement refuse d’ériger des éoliennes à moins de 2 km des habitations.

Début septembre 2005 le Land Nord du Rhin-Westphalie a pris un arrêté interdisant la construction d’éoliennes à moins de 1500 mètres d’habitations pour cause de nuisances aux riverains et en particulier de nuisances sonores.

Le 14 mars 2006, l’Académie de Médecine a publié un rapport recommandant de ne pas construire d’éoliennes à moins de 1500 mètres d’habitations, sous peine de conséquences nuisibles pour la santé des riverains.

Le 12 mai 2006, GP van den Berg (GPVDB) de l’Université Royale de Groningue a publié un ouvrage de 210 pages « The sounds of high winds ». Ce travail remarquable et souvent très technique, explique en profondeur les détails des nuisances sonores de l’éolien industriel d’un point de vue à la fois pratique et théorique. En particulier :
- pour un vent au sol faible donc avec un bruit de fond plus faible, la vitesse à 100 m d’altitude est considérablement plus forte la nuit. Cela est dû à la très forte réduction des ascendances thermiques favorisant un écoulement laminaire plus rapide des couches d’air. GPVDB a mesuré 15 dB de plus à 400 m des machines ( A Rhede à la frontière germano hollandaise. 17 Enercon E-66 de 1,8 MW, nacelle à 98 m de haut et trois pales de 35 mètres).
- La source de bruit la plus gênante est due au passage de la pale devant le mât. C’est surtout ce battement qui s’entend de très loin et qui gêne les riverains. Avec les variations du vent en direction et intensité, le volume du son monte et descend avec pour résultat un sentiment d’anxiété et même quelque fois des nausées.
- le fait d’avoir plusieurs machines augmente la quantité d’énergie sonore (en gros 3 dB quand on double le nombre de machines). Mais cela a un autre effet : dans une centrale éolienne il arrive très souvent que le passage d’une pale devant le mât se produise au même instant pour deux ou plusieurs machines. Cela augmente considérablement la nuisance et surtout la distance à laquelle on l’entend. Là encore les variations du vent font varier le phénomène de battement.
- avec un phénomène d’inversion de température, on constate une augmentation sensible de la propagation donnant une immission forte à 2 ou 3 km.

Une source moins importante de bruit provient de la mécanique (engrenages, roulements à billes, etc …). Si, sur les machines neuves d’aujourd’hui, le bruit « mécanique » est relativement réduit (cad n’émerge que peu du bruit de fond à partir de 150 m des machines), ce n’est absolument pas le cas pour les machines ayant quelques années (usure, manque de maintenance, défauts de conception, … ?). J’invite le lecteur à aller sur la route tout près du gîte rural de la Bouyssière de Blanc à Peux et Couffouleux à 1300 m en distance horizontale et à 400 m en dessous du pied des machines du Pic de Merdelou (Monts de Lacaune) – spécialement une fin d’après midi par une belle journée d’été. On entend des couinements « mécaniques » proprement insupportables. Et mêmes les machines nouvelles s'usent et après quelques temps les couinements commencent.

Le bruit de fond
En principe le bruit des éoliennes est considéré du point de vue de son émergence par rapport au bruit de fond. Les promoteurs font en général mesurer le bruit de fond par des cabinets spécialisés privés. Il y a pas mal de questions à propos de ces mesures :
- l’instrumentation (microphones et autres) est-elle conforme aux recommandations de GP van den Berg ?
- les appareils de mesure sont-ils correctement positionnés ? Dans le projet de St Félix Lauragais un appareil a été placé en bord de plateau ce qui lui permettait de recueillir le bruit montant d’une zone urbanisé.
- Les courbes d’enregistrement sont-elles à la disposition du public ? cela permet en particulier de voir si les bruits parasites (ex. un tracteur travaillant de nuit) sont écrêtés. On pourra voir aussi avec quelle vitesse de vent au sol sont faites les mesures de jour et de nuit.
- Il faut que des mesures soient faites à l’extérieur des habitations près des murs de ces habitations. De telles mesures réduisent en général les sons à fréquences élevées produits par la végétation. C’est là, où par exemple vous mangez dehors tard le soir en été, qu’il faut mesurer le bruit de fond.
- Il faut que des mesures de bruit de fond soient faites à l’intérieur des habitations dans les chambres à coucher en particulier avec les fenêtres ouvertes ainsi que dans votre living et tout près de la cheminée si il y en a une. Rapporté par GPVDB ainsi que par un riverain de la centrale de Sortosville (près de Caen) le bruit des machines résonne dans la cheminée que l’on ne peut plus utiliser et qu’il faut boucher pour réduire la nuisance.

Avec le développement de l’éolien industriel, les cabinets spécialisés se constituent des rentes dorées et l’on ne s’étonnera pas si certains ont tendance à favoriser les promoteurs. Il faut donc que les associations demandent à la DDASS du département de faire les mesures appropriées du bruit de fond et à les facturer aux promoteurs. Cela relève de la compétence et de la tâche de la DDASS.

Chaque fois que dans une étude d’impact, les préconisations ci-dessus ne sont pas respectées, il faut protester dans la contre étude d’impact (CEDI), dans le recours contentieux et dans la plainte au civil

L’émergence
Rappelons la norme française sur le bruit des machines : il ne faut pas dépasser le bruit de fond de 5 dBA le jour et de 3 dBA la nuit. Plusieurs pays étrangers nous envient cette norme de bon sens, simple à comprendre et à vérifier. Ce doit être pour cela que les promoteurs essayent par tous les moyens de lui substituer quelque chose de plus avantageux pour eux.

Comment un promoteur obtient-il l’émergence par rapport au bruit de fond en différents endroits pour son projet de centrale ? En général, il procède de la façon suivante :
- il fait mesurer le bruit de fond en différents endroits à des distances de la centrale correspondantes aux habitations (mais pas forcément tout près ou à l’intérieur des habitations).
- il obtient du constructeur des machines prévues, des courbes d’immission cad le niveau sonore à l’altitude zéro à différentes distances pour une machine.
- Il utilise ensuite un modèle qui simule la centrale avec toute les machines et qui calcule les courbes d’immission compte tenu de paramètres variés (hauteur de la végétation, positions relative des machines, hauteur des mâts, longueur des pales, vitesse du vent, puissance des machines, etc …).
- il en déduit de combien de dBA le bruit de la centrale « émerge » du bruit de fond à un endroit donné.

Le premier problème provient du modèle. Une version était encore à la disposition du public (sur windpower.org) en 2003. Je l’ai personnellement essayé et me suis aperçu qu’en modifiant les paramètres de façon appropriée, on pouvait lui faire dire à peu près ce qu’on voulait. Ce doit être pour cela que maintenant le modèle est réservé aux promoteurs et à ceux qui peuvent débourser un prix dissuasif d’utilisation.

Le deuxième problème est que si vous trichez en mentant sur certains paramètres tel que par exemple des distances, la hauteur des mâts, etc., personne ne le saura. C’est pourquoi les émergences données par le promoteur dans son étude d’impact sont systématiquement dans les normes. Dans une étude pour un des projets de Saissac, le promoteur a même indiqué un minuscule dépassement pour faire « plus vrai ». Cette tricherie peut s’exercer différemment : les éoliennes qui seront réellement érigées seront différentes de celles indiquées dans l’étude d’impact (Au moment de l’érection des machines, tout peut changer si cela arrange le promoteur : hauteur de mât, longueur de pale, puissance installée, nombre de machines, emplacement géographique, constructeur, …. Allez sur le terrain vérifier et mesurer et porter plainte en cas de changement). Il arrive enfin (comme par exemple le projet de St Félix Lauragais) que le promoteur ne sait pas encore au moment de l’étude d’impact quel sera le constructeur qu’il va choisir. L’immission et le respect des normes sont alors purement fantaisistes.

En fait, selon les experts indépendants, il est impossible de prédire avec une précision acceptable l’immission d’un groupe de machines surtout si le terrain est accidenté ce qui est le cas de la très grande majorité des centrales françaises.

L’émergence telle que décrite ci-dessus est donc une plaisanterie. C’est la DDASS du département concerné qui doit jouer son rôle de protection et de prévention. Depuis qu’AREVA a fait arrêter à Jeumont son activité de construction d’éoliennes ( Les machines Jeumont perdent leurs pales et font un bruit épouvantable. Jeumont doit cependant assurer la maintenance des machines déjà installées) pour la remplacer par une participation de 21,5% dans Repower (de Hambourg), toutes les machines sont achetées à l’étranger. A notre connaissance il n’est encore jamais arrivé qu’un nouveau modèle étranger soit mis en service pour la première fois en France. Pour chaque projet initié par un promoteur, la DDASS peut aller faire des mesures sur une centrale utilisant les mêmes machines en France sinon à l’étranger. Elle pourra ainsi prévoir l’immission relative au nouveau projet et indiquer des distances de précaution à respecter pour l’obtention du permis de construire. Une fois la centrale en fonctionnement, la DDASS pourra faire des campagnes de mesures lui permettant d’améliorer ses prévisions. Il est donc nécessaire de demander pour chaque projet des mesures faites par la DDASS avant et après. Sans cela, les émergences des études d’impact ne sont absolument pas crédibles. Cet aspect doit être développé dans la contre étude d’impact, le recours contentieux et la plainte au civil pour nuisance.

Sons basse fréquence
Les nuisances sonores audibles sont d’autant plus perturbatrices de la qualité de vie des riverains que les fréquences sont basses. Dans de nombreuses centrales, il y a émission d’infra sons ou plus généralement de sons basse fréquence inaudibles.

Il faut noter que l’émission d’infra sons nuisibles est niée dans le rapport de l’académie de médecine. En fait ce rapport attribue aux sons audibles une partie des nuisances que plusieurs auteurs français et étrangers attribuent aux sons basse fréquence.

Ces infra sons sont produit également au passage de la pale devant le mât. Ils se superposent au son audible.

Même si le niveau énergétique est faible, il faut noter les caractéristiques suivantes :
- la décroissance de l’immission avec la distance est très faible. Autrement dit, même faibles, les infra sons se propagent très loin. A titre d’exemple l’explosion d’AZF (TOTAL) à Toulouse à créé un infra son qui a été détecté après avoir fait le tour de la terrePT.
- Ils sont très nocifs pour la santé des riverains (voir l’article Milner du Daily Telegraph, le papier du Dr RECHER et l’étude de Marjolaine VILLEY-MIGRAINE) : maux de tête, acouphènes, dépression, anxiété, etc.
- Accompagnant les bruits audibles, les infra sons renforcent l’effet nocif de ces bruits. Cela donne à certains riverains l’impression que le bruit arrive par le sol.

Nous avons voulu mesurer ces infra sons mais malheureusement les appareils appropriés sont extrêmement cher. L’armée en possède mais ne désire pas les prêter. Là encore, la DDASS devrait jouer son rôle et commencer une campagne de mesure des infra sons sur des centrales existantes.

Autres nuisances subies par les riverains
Rapporté par GPVDB et d’autres auteurs, on citera :
- l’effet dit stroboscopique produit par le passage de l’ombre des pales ou le passage du reflet du soleil sur les pales en mouvement qui perturbe ceux qui les subissent et cela d’autant plus qu’accompagnés par le battement sonore des pales passant devant le mât.
- La pulsation sonore des pales passant devant le mât se produit a une fréquence généralement variant entre 80 fois à 90 fois par minute soit proche de la fréquence cardiaque. Des riverains pensent que le stress est causé par leur pouls qui essaye de coller aux variations de rythme des pulsations sonores (GPVDB p.37 : « we think that it maybe because this frequency of the pulses is close to the human heart rate and some residents fell that their own pulse rate is trying to match that of the turbine. »)
- Les flashs la nuit, ce que les allemands appellent « l’effet disco ».

Conclusion
Distance
Bien que 1500 mètres ne soit pas une distance de précaution suffisante, (il vaudrait mieux 5000 mètres surtout à cause des infra sons) toute implantation de machines à moins de 1500 mètres d’habitations doit être attaquée avec la plus extrême vigueur :
- dans la contre étude d’impact (CEDI)
- dans les recours contentieux
- dans la plainte au civil pour nuisance

Mesures du bruit de fond
- demandez la communication des mesures de bruit de fond en détail (location géographique, vitesse du vent, heure, etc …). Les courbes des niveaux mesurées doivent être explicitement fournies. On ne peut pas se contenter de « le niveau moyen du bruit résiduel (bruit de fond) est 36 dB(A) pour un vent de 4 m/s »
- protestez (CEDI, recours contentieux, plainte au civil) si le bruit de fonds n’est mesuré près des murs des habitations ni à l’intérieur des pièces.

Immission, respect des normes
Contestez les données du bruit des machines. Elles sont fournies par le promoteur et/ou le constructeur et ne sont donc pas fiables et crédibles. Comment ont été fait ces mesures ? et suivant quelles normes françaises ou européennes ?. On ne peut pas faire confiance aux résultats d’un modèle à qui on peut faire dire n’importe quoi et dont l’accord avec des mesures réelles n’est pas prouvé et qui de plus est exclusivement aux mains des promoteurs.

Demander à la DDASS :
- des mesures d’immission sur des centrales utilisant les mêmes machines
- des mesures d’immission une fois les machines érigées

Demandez à la DDASS :
- des mesures des sons basse fréquence sur des sites existants

C’est au promoteur et surtout à la DDASS de prouver l’innocuité totale des centrales éoliennes avant et après érection des machines. Tout cela doit apparaître dans la CEDI, le recours contentieux et la plainte au civil.

Quelques témoignages

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